’’J’ai compris que c’était la voie la moins appropriée
pour voir s’ouvrir les portes de la grotte, comme sur les
parolesC Sézame ouvre-toi ! ’’ Radojica Zivanovic Noe
Un an après la publication du Manifeste, Breton a essayé
d’expliquer les rapports complexes entre le surréalisme
et la peinture dans son texte Le Surréalisme et la Peinture(1925)58.
Ne souhaitant pas voir le surréalisme devenir un autre courant
artistique, ni une nouvelle école de peinture, il prônait
alors le besoin d’une révolution et d’une révision générale
des valeurs jusqu’alors en vigueur dans l’art. L’expérience
et l’exploration du ’’ modèle intérieur ’’ de l’expression,
c’est-à-dire du subconscient, des associations libres, des
hallucinations et des rêves, étaient les fondements à partir
desquels il convenait de partir afin de poursuivre l’aventure
de la découverte de l’inconscient.
Le surréalisme puisant donc son langage visuel aux mêmes
sources que celles qui conféraient sa force au langage poétique,
ces deux formes d’expression ne pouvaient qu’être traitées
sur un pied d’égalité. Ceci permet, entre autre, de comprendre
la simultanéité des expériences entreprises dans divers
médias par de nombreux surréalistes, tant en France qu’en
Serbie > dans leur recherche des impulsions cachées du subconscient,
tous ont utilisé, outre le langage poétique, les possibilités
d’autres intermédiaires > peinture, dessin, photographie
et objets fortuits. Si on attendait de la poésie qu’elle
respectât la pureté de la dictée de la pensée, sans aucune
barrière conventionnelle, morale, esthétique ou de toute
autre nature, la même exigence s’imposait aux travaux visuels
des surréalistes. Simultanément, il est bien connu que nombre
d’entre eux faisaient ouvertement montre d’un profond dédain
envers les beaux-arts, comme Marko Ristic ou Pierre Naville
> ’’ Je ne connaisse du goût que de dégoût. Maîtres, maîtres
chanteurs, barbouillez vos toiles. Plus personne n’ignore
qu’il n’y a pas de peinture surréaliste < ni les traits
du crayon livré au hasard des gestes, ni l’image retraœant
les figures de rêve, ni les fantaisies imaginatives, c’est
bien entendu, ne peuvent être ainsi qualifiés. Mais il y
a des spectacles. La mémoire et le plaisir des yeux > voilà
toute l’esthétique ’’59.
Radojica Zivanovic Noe, le seul parmi les signataires du
manifeste surréaliste à avoir une formation de peintre,
devait profondément douter de son expérience de peintre
et du résultat de ses errances désabusées à travers les
écoles de peinture du passé et contemporaines. Il a symboliquement
manifesté son renoncement définitif à la toile et à la peinture
au sens traditionnel en détruisant le fruit de son activité
artistique antérieure. Cette négation de la toile a revêtu
la forme d’un acte sacrificiel par lequel l’individu vise
à accéder à un degré supérieur dans son propre développement.
Lors d’un rite unique, qui n’a été enregistré que dans Nemoguce,
donc par le seul langage graphique de l’impression, il a
détruit une huile traditionnelle en la rayant d’une large
croix noire. Ce signe d’annulation en forme de ’’ X ’’ ne
pouvait que provoquer un choc visuel et semer le trouble
dans le contexte de la culture et civilisation bourgeoise
qui sait apprécier l’art, sans pour autant oublier la valeur
matérielle des oeuvres d’art, en l’occurrences des toiles.
Ce seul geste symbolique marque un rejet de la toile en
tant qu’objet artistique et esthétique, mais aussi en tant
que marchandise. Cette toile, de facture traditionnelle,
dans son cadre massif, est ici biffée comme s’il s’agissait
d’un jour révolu dans le calendrier intime de l’art réalistique
de Radojica Zivanovic Noé.
’’ Je ne sais si je suis, ni dans quelle mesure je suis
ou ne suis pas un artiste, mais cela ne m’inquiète nullement
en comparaison de mes propres brasiers et séismes intérieurs,
en comparaison de ces gouffres au fond desquels je pourrais
m’abîmer ’’ déclare ouvertement et publiquement Radojica
Zivanovic Noe dans son texte Arena publié dans l’almanach
Nemoguce-L’impossible. Il ’’ illustre ’’, ou mieux, confirme
graphiquement, cette position par cette toile biffée qui,
sous forme d’une métaphore visuelle, réitère le doute exprimé
à l’égard de sa propre identité de peintre. Par conséquent,
il ne s’agit pas seulement de la destruction d’une toile
en tant que forme traditionnelle de représentation, mais
aussi en tant qu’identification de l’artiste avec son autoportrait.
Si, à la place d’un autoportrait, avait été biffé un tableau
représentant un portrait, un paysage, une nature morte ou
quelque autre motif du riche répertoire de l’histoire de
la peinture, on ne pourrait parler de double négation. Le
fait qu’ait précisément été renié un autoportrait dans cette
sorte de rituel purificatoire peut donc être compris comme
une décision irréversible niant, simultanément, l’institution
de la peinture et du tableau, mais aussi l’institution du
peintreartiste. Il s’agit du geste conséquent et révolutionnaire
d’un artiste surréaliste qui représentait alors un acte
individuel et une action particulièrement osée et non conventionnelle
dans le contexte du milieu culturel serbe. L’autoportrait
biffé de Radojica Zivanovic Noe constitue la toute première
métaphore visuelle d’anti-art, publiquement manifestée dans
les pages de l’almanach.
C’est avec enthousiasme que Radojica Zivanovic Noe, peintre
aux connaissances et talents modestes, a rallié le cercle
des surréalistes pour se joindre à leurs recherches osées
sur les rêves et les visions. Son action au sein du groupe
a été, toutefois, de courte durée, à savoir de 1929 à 1932.
Déjà en 1934, il était avec Mirko Kujacic, Djordje Andrejevic
Kun et quelques autres peintres de la jeune génération,
un des fondateurs du groupe artistique Zivot (La Vie) qui
a alors accepté l’idéologie du réalisme socialiste. De sa
très brève activité surréaliste ne nous est parvenue qu’une
huile Prividjenje u dimu (Vision dans la fumée), peinte
en 1932. S’il n’est guère possible d’apprécier la conception
et la portée artistique de sa peinture surréaliste sur la
base d’une seule toile, Prividjenje u dimu peut néanmoins
nous renseigner sur la faœon dont il a abordé le tableau
surréaliste. Sur un fond noir suggérant une vision issue
d’un rêve, et à l’instar d’autres travaux de même orientation,
des êtres fantastiques du monde zoomorphe se fondent les
uns dans les autres, telles des formes organiques instables.
Dans cette conception de l’image, et avant tout dans la
création des formes visuelles, on note tout l’importance
du procédé de montage que Noe a également utilisé très largement
dans ses dessins et, bien sûr, dans ses photomontages. La
supposition voulant qu’un grand nombre de toiles figurait
parmi d’autres oeuvres perdues de Noe ne saurait guère modifier
nos connaissances actuelles sur la peinture surréaliste.
Force est de constater qu’avec une seule et unique toile
conservée derrière lui, le surréalisme n’a que très partiellement
marqué l’histoire de la peinture serbe au XXème siècle60.
Nonobstant l’absence de toute autre toile conservée, il
convient de signaler que des peintures surréalistes ont
pourtant bien existé et que les surréalistes serbes ont
même exposé à Belgrade en 1932. On doit donc abandonner
l’opinion selon laquelle leur mouvement a été, avant tout,
voire uniquement, un phénomène poétique, éthique et politique
et ne s’est manifesté en aucune faœon dans le domaine de
l’image61. Même si nous ignorons
tout de ces toiles, aujourd’hui perdues à l’exception d’une
seule, le surréalisme serbe nous a en effet laissé un grand
nombre de dessins, de cadavres exquis, de décalcomanies,
d’objets, et surtout nous savons que c’est précisément ce
mouvement qui a largement contribué à faire naître un réel
intérêt pour les nouveaux médias visuels, tels qu’étaient
alors le collage, le photomontage et, avant tout, la photographie
et le photogramme. En ce sens, il s’avère possible et indispensable
de procéder à une révision de la place du surréalisme dans
l’histoire de l’art du XXème siècle.
La première exposition à laquelle ont participé les surréalistes
serbes, au Pavillon artistique Cvijeta Zuzoric à Belgrade,
est largement évoquée dans une lettre adressée par Vuco
à Marko Ristic le 24 janvier 1932. Il y est dit notamment
> ’’ L’exposition est une formidable réussite. Je n’exagérerais
nullement si je dis que c’est une de nos manifestations
les plus réussies et les plus positives par ses effets visant
à la promotion, la propagande et la provocation ’’62.
Le stand des surréalistes, indiqué par une grande inscription
’’ Surréalisme ’’, réalisée en lettres rouge clair découpées
dans un papier cellophane, était avant tout consacré à la
présentation de leurs ouvrages édités ainsi que d’autres
publications du groupe, disposés sur des étagères et dans
des vitrines. Néanmoins, ’’ tout un mur-paravant transversal
a été couvert de toiles de Noe. Il y en a plus de 25 montées
dans des cadres réalisés par Petar (Popovic) et moi-même.
L’effet est très surprenant et très beau ’’63.
Les surréalistes ont aussi préparé pour cette exposition
une mise en scène, ou plutôt, un assemblage dont Vuco donne
une description assez maladroite > ’’ Devant le stand même…
un cadre vide de grandes dimensions est accroché sur une
toile de jute. Dans un angle, occupant près du quart… du
cadre, est suspendue, collée sur la toile de jute, un tableau
de Noe, Zid- Zena (Le Mur-Femme). Dans l’espace vide, soit
les 3\4 de la surface restante, est accroché de faœon amusante
le petit cheval que j’ai trouvé une jour dans ma poche,
et que j’ai laissé se promener de faœon amusante sur ma
table. Au moindre contact, il change d’humeur, constituant
ainsi une sorte de mobile d’un effet amusant. Audessous
de lui est écrit avec des épingles rouges > Zid-Zena. Tout
cela est d’un effet tout à fait déroutant (de mon invention)
’’64. Ainsi, malgré leurs refus
d’exposer dans le cadre de manifestations officielles, car
ils estimaient que le surréalisme ne pouvait se réduire
à n’être qu’un nouveau style artistique, les surréalistes
serbes ont, néanmoins, organisé cette présentation de leurs
activités dans la salle d’exposition du Pavillon d’arts
” Cvijeta Zuzoric ”, alors récemment ouvert à Belgrade.
Le surréalisme se voulait, avant tout, un état d’esprit,
comme aimaient à le souligner ses protagonistes, et en aucun
cas une autre école artistique qui, à l’instar de toutes
les précédentes, depuis l’impressionnisme jusqu’au cubisme,
n’aurait été que ’’ d’un réalisme plat ’’. En tant qu’avant-garde,
il n’avait pas non plus l’intention de substituer de nouvelles
normes aux anciennes, mais aspirait, en insistant sur les
principes éthiques, à revoir les critères définissant le
système de valeurs du monde et de la vie de l’homme dans
celui-ci. En conséquence, son action s’est déroulée en dehors
des limites traditionnelles des médias visuels, et visait
à élargir la notion de peinture et d’art en général. Les
oeuvres très hétérogènes produites par le surréalisme serbe,
bien que conservées de faœon incomplète, constituent en
ce sens un apport à part entière au vaste phénomène international
qu’a été le mouvement surréaliste. Breton et Aragon ont
parfois accusé les peintres de sacrifier l’esprit révolutionnaire
en collaborant avec les directeurs de galeries et en participant
aux expositions, mais c’est aussi vers eux qu’ils se tournaient
pour leur demander de ’’ prolonger la vie par des signes
et des symboles ’’65 Si la
révélation du miracle, l’exploration des images du rêve
et l’abandon à la dictée de la pensée n’étaient qu’une partie
du programme surréaliste d’investigation et d’élargissement
de la notion d’art, il va de soi que l’expérience se devait,
là aussi, de prendre le pas sur le respect des anciens procédés
artistiques. D’où l’utilisation par le surréalisme serbe
d’un grand nombre de techniques inconnues dans la pratique
artistique antérieure > décalcomanie, cadavre exquis, photogramme,
photo-collage, assemblage et autres techniques combinées.
Rejetant le cadre des seuls médias reconnus et toute hiérarchisation
au niveau des arts, les surréalistes belgradois ont également
repris de leurs amis et modèles parisiens certaines nouvelles
techniques d’expression. Ainsi, les jeux d’enfants sont
devenus, pour eux aussi, des techniques ’’ artistiques ’’
légitimes, ou, pour le moins, ont été intégrés dans leurs
expériences créatives collectives. Leurs dessins communs,
appelés cadavres exquis, ont pour la plupart été réalisés
entre 1929 et 1932, c’est-à-dire à une époque où ce genre
d’activité tendait à se perdre au sein de la centrale parisienne.
Son apparition à Belgrade est liée au nom d’André Thirion
qui, comme on le sait, s’est arrêté quelques temps dans
cette ville en octobre 1929, alors qu’il se rendait en Bulgarie
pour y ’’ retrouver et enlever son amour d’étudiant, Katia
Drenovska ”66. Il est quasi
certain que Thirion a alors présenté la technique du cadavre
exquis à Marko et Seva Ristic, Lula et Aleksandar Vuco,
et Vane Bor, car son nom et celui de Katia Drenovska figurent
aux côtés de ceux de ces surréalistes belgradois au dos
de certains dessins alors réalisés67.
Le fait que ce genre de dessin obéissant aux principes du
” hasard aveugle ’’ est bien arrivé à Belgrade en droite
ligne de Paris, nous est également confirmé par la page
de l’almanach Nemoguce, consacrée à la ’’ Vie sociale en
1930 ’’. On y trouve au côté du poème de Thirion ” Il fait
jour ”, le seul cadavre exquis publié dans cette revue,
ainsi que les instructions pour s’adonner à ce genre de
’’ jeu social ’’, alors que les noms d’Andre Thirion et
Katia Drenovska y apparaissent à nouveau en tant que participants
68. La documentation conservée
montre que les surréalistes ont également souhaité faire
connaître autour d’eux ce jeux non conventionnel et le plaisir
du dessin spontané, de sorte que nous savons qu’une série
de cadavres exquis a été réalisée durant l’été 1930 par
les fils d’Aleksandar Vuco, Djordje et Jovan, et Dusan Matic
69. En fait, Ristic devait
alors déjà connaître le processus de réalisation d’un cadavre
exquis, car Breton en avait parlé dans Le Surréalisme et
la Peinture. On peut y lire, entre autre, que ce jeu est
né en 1925 autour d’une table où étaient réunis des poètes
et des peintres > ’’ Un jeu de papier plié, qui consiste
à faire composer une phrase ou un dessin par plusieurs personnes,
sans qu’aucune ne puisse tenir compte de la précédente contribution.
Un exemple qui est resté classique, et d’après lequel ce
jeu a reœu son nom, nous en est fourni par la première phrase
créée de cette faœon > le cadavre - exquis - boira - le
vin - nouveau ’’70.
D’autres techniques, dont certaines utilisées dans des
disciplines scientifiques, comme par exemple la décalcomanie,
étaient également très prisées parmi les surréalistes serbes.
En tant que laïc, auquel, comme il l’a noté lui-même, étaient
’’ incompréhensibles les valeurs purement plastiques ’’71,
Marko Ristic était pourtant prêt à se lancer, par le biais
de la décalcomanie, dans l’investigation des fruits de l’imagination,
résultant des visions et hallucinations qui apparaissent
fortuitement lorsque l’on replie une feuille de papier maculée
de tâches d’encre. Le surréalisme a souvent souligné toute
l’importance du hasard, ce que Ristic a traduit par une
formule parlant de l’” interprétation subjective d’un événement
objectif ’’. Ce principe, tout particulièrement apprécié
lors du travail avec les nouvelles techniques, n’était par
ailleurs nullement négligé dans le cas des anciennes techniques
plus classiques - huile ou dessin, par exemple. Une trentaine
d’années plus tard, Marko Ristic a expliqué, en prenant
l’exemple du frottage, ce que signifiait pour lui toutes
ces nouvelles expériences au niveau du langage visuel >
’’ Un technique particulière, le frottage, que Max Ernst
n’a pas inventée (car les enfants qui frottent avec un crayon
non taillé une feuille de papier posée sur une pièce de
monnaie la connaissent depuis longtemps) mais a néanmoins
découverte, donnait dans tous ces dessins d’étonnants résultats,
car elle s’y combinait avec l’extraordinaire capacité de
Max Ernst à trouver, grâce à sa fantaisie poétique, les
images alimentant son imagination dans la matière même,
dans sa structure et ses formes inattendues, et à interpréter,
par sa force créatrice, ces visions issues, par le seul
fait du hasard, des formes prises par la matière ’’72.
En prenant l’exemple sur l’oeuvre d’Ernst, Ristic nous révèle,
en fait, les raisons ayant incité les surréalistes à se
lancer dans l’expérimentation de toutes les techniques qui
ouvraient toutes grandes les portes au hasard et au libre
jeu des associations.
Les adeptes du surréalisme rejetaient sciemment les éléments
artistiques afin de préserver le caractère aléatoire de
la ligne sous la pointe du crayon, et voyaient dans le dessin
un pendant à l’écriture, une autre méthode pour noter la
dictée de la pensée. Grâce au dessin, donc à un simple trait,
il est possible, tout comme dans un poème, de consigner
son investigation personnelle du ’’ modèle intérieur ” et
des couches les plus profondes du subconscient. Là aussi,
tout comme dans un texte, il est uniquement question de
différences d’écriture qui dépendent du tempérament ou des
constellations psychologiques du dessinateur, et c’est en
ce sens qu’il est permis de comparer le trait léger et lyrique
de Noe ombrant ses travaux et les vigoureuses hachures de
Djordje Kostic et d’Oskar Davico. C’est entre ces deux pôles
que viennent se ranger les dessins, ou plus précisément,
les expériences linéaires de Rade Stojanovic, Dusan Matic,
Vane Bor et Marko Ristic.
La structure visuelle des dessins surréalistes s’efforœait
d’éviter toutes formes d’ingérence de la conscience. Elle
voulait résolument oublier tous les clichés connus dans
l’art de représenter les choses pour s’abandonner à l’exploration
des impulsions inconscientes de l’artiste, c’est-à-dire,
des couches les plus profondes de sa propre personnalité
et de ses désir refoulés. Outre l’emploi d’un type de papier
tout à fait ordinaire, tous ces travaux, parfois de faible
qualité du point de vue technique, ont le plus souvent utilisé
l’encre de chine, l’huile diluée, le crayon et, très rarement,
la couleur. Qui plus est, leurs auteurs se limitaient à
un petit format qui, dans la plupart des cas, n’excédait
pas la taille d’une feuille de papier à lettre. Un si petit
support était parfaitement adapté à ce type de dessins dans
lesquels étaient consignées des confidences intimes, sans
nulle intention de les exposer en public. En ce sens, une
collection de dessins surréalistes se rapprocherait davantage
du journal ou d’une collection de souvenirs d’un peintre
plutôt que d’un catalogue de dessins ou d’esquisses. Ce
sont également des travaux qui ne faisaient alors l’objet
d’aucun intérêt spécial parmi les artistes et les critiques
d’art ’’ professionnels ’’. Les surréalistes n’en tenaient
pas moins à publier de faœon conséquente leurs photographies,
dessins et cadavres exquis quitte à subir les attaque de
la critiques et endurer les sourires de leur entourage.
La majorité de ces travaux a bien sûr trouvé place dans
l’almanach Nemoguce et dans la revue Nadrealizam danas i
ovde, notamment dans le premier numéro qui a publié uniquement
des oeuvres de Noe. Les photographies et les dessins des
surréalistes ne sauraient, par conséquent, être appréciés
sur la base des critères esthétiques traditionnels, d’où
aussi leur inclusion tardive parmi les courants artistiques.
Ce n’est qu’en 1969 qu’ils ont été exposés pour la première
fois, en même temps que d’autres oeuvres du surréalisme
serbe, et ce grâce au travail systématique du Musée d’art
contemporain de Belgrade et de son directeur Miodrag Protic.